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Biographie


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- Quelques données personnelles

- Ma collaboration avec l’INREES

- Ma découverte des NDE

- Mes rencontres

- Mon rapport aux NDE

- Mon analyse des NDE en tant que phénomène de société

- Mon roman : "Le Pays d’Ange"

Quelques données personnelles

Née en 1954 à Berne (Suisse), j’habite depuis de nombreuses années près de Genève.
Depuis près de 30 ans, je consacre une grande partie de mon temps à l’étude des Expériences de mort imminente (NDE) et à l’écriture d’ouvrages et d’articles sur ce sujet. Je donne des conférences en Suisse et à l’étranger et je participe à des congrès internationaux dédiés aux NDE et à la recherche sur la conscience en général.
Je suis coordinatrice européenne pour IANDS (International Association for Near-Death Studies = Association internationale pour l’étude des expériences de mort imminente) ainsi que conseillère spéciale pour les relations internationales du Netzwerk Nahtoderfahrung IANDS Allemagne. Dans ce cadre, comme dans d’autres contextes, j’écris régulièrement des contributions pour des ouvrages collectifs, accessibles sous < Livres – Ouvrages collectifs > http://www.elsaesser-valarino.com/-...

Je suis également membre d’honneur du SEDEL (Sociedad Española para la Difusión de la Espiritualidad = Société espagnole pour la diffusion de la spiritualité). Par ailleurs, j’assure depuis de nombreuses années la coordination du Scientific and Medical Network SMN (Réseau scientifique et médical SMN) pour la Suisse.
Par ailleurs, une collaboration étroite à titre de membre du Comité scientifique et de membre d’honneur s’est installée avec l’INREES (Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires), situé à Paris.

Elargissement des domaines de recherche
Depuis une dizaine d’années, je me consacre également à l’étude de la Conscience accrue à l’approche de la mort (Nearing-Death Awareness), notamment aux visions au moment du décès qui en constituent l’un des principaux éléments.
Définition : Un état de conscience spécifique déclenché par la proximité de la mort, durant lequel les patients témoignent d’une connaissance particulière qui, dans certaines limites, peut leur permettre de contrôler le processus de mourir. Une des composantes essentielles est le phénomène des visions peu avant le décès, pendant lesquelles les mourants – et eux seuls – peuvent voir et entendre des proches décédés ou figures spirituelles dont le rôle semble être de les accompagner sans peur ni danger dans « l’autre monde ».
Historique de la recherche : Une première étude scientifique d’envergure sur les visions au moment du décès a été réalisée par Sir William Barrett du Royal College of Science de Dublin (Barrett, 1926), suivie par plusieurs enquêtes menées aux Etats-Unis et en Inde dans les années 70 par le psychologue letton Karlis Osis et le professeur émérite de sciences sociales islandais Erlendur Haraldsson (Osis et Haraldsson, 1977).
Les infirmières américaines Maggie Callanan et Patricia Kelley ont élargi le phénomène des visions au moment du décès à d’autres manifestations consubstantielles à un état de conscience élargie inhérent à l’approche de la mort, regroupées dans l’expression « conscience accrue à l’approche de la mort » (Callanan et Kelley, 1997).
Etat actuel de la recherche : Les professionnels de santé en soins palliatifs connaissent très bien ce phénomène, surtout les visions, qu’ils qualifient de « très courantes ». La recherche est peu avancée et relativement difficile à mener, essentiellement pour deux raisons : pas de témoignages directs (les patients décèdent peu de temps après avoir eu une vision) ; les enquêtes menées en milieu hospitalier auprès du personnel soignant, témoin des manifestations de la conscience accrue à l’approche de la mort, sont longues à mettre en place et nécessitent souvent l’approbation d’un comité d’éthique.

Un troisième phénomène autour de la mort, les Vécus subjectifs de contact avec les défunts (VSCD), ou Communications avec les défunts (CAD), retient toute mon attention depuis quelques années déjà.
Définition : Contacts ou communications spontanés et directs que des défunts semblent initier à l’égard de leurs proches dans le but de les réconforter et les aider à gérer, voire à accélérer, leur travail de deuil. Les VSCD passent par divers organes sensoriels et revêtent des formes et des intensités variées. Cette grande disparité doit être prise en compte lors de l’analyse de leur taux d’occurrence. De très nombreux endeuillés ont senti la présence de l’être cher décédé, tandis que l’apparition entière et solide du défunt suivie d’un dialogue bilatéral par exemple est plus rare. On estime qu’entre 20% et 40% de la population auraient vécu un VSCD, l’occurrence atteint même les 50% entre conjoints.
Etat de la recherche : Malgré ce taux d’occurrence considérable, les VSCD n’ont été que très partiellement investigués, de nombreux aspects restent pour l’instant totalement inexplorés. Les VSCD sont mentionnés dans la littérature scientifique surtout dans le contexte de la gestion du deuil dont ils représentent un aspect primordial et de nature très clairement thérapeutique, à condition d’être intégrés de manière adéquate dans le processus de guérison émotionnelle suite au trauma de la perte de l’être aimé (LaGrand, 2011).
Un recueil de témoignages : Aux Etats-Unis, les VSCD sont relativement bien connus du grand public, notamment grâce à un recueil de 350 témoignages annotés publiés par Bill et Judy Guggenheim sous le titre « Hello from Heaven » (1995), devenu un best-seller outre-Atlantique. Compte tenu de la force et de la beauté de ces témoignages, j’ai décidé de traduire Hello from Heaven en français et de le pourvoir d’une introduction conséquente. L’ouvrage a paru en novembre 2011 sous le titre « Des nouvelles de l’au-delà » chez Exergue.

Aujourd’hui, mes écrits et conférences s’inspirent de manière constante des trois types d’expériences extraordinaires autour de la mort, car seule une approche intégrative offre une vision globale permettant d’en saisir toute la signification et d’établir un lien entre ces phénomènes qui semblent avoir un soubassement commun évident.

Ma collaboration avec l’INREES

Présentation de l’INREES (Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires)

Fondé par Stéphane Allix, réalisateur, journaliste, écrivain et créateur de la série documentaire Enquêtes extraordinaires sur M6, l’INREES est soutenu par des médecins, des psychologues, des chercheurs ainsi que des cinéastes et des écrivains, tous désireux de porter avec rigueur, méthode et ouverture un regard neuf sur ces expériences humaines extraordinaires. L’objectif de l’INREES est d’aider à faire avancer les connaissances sur ces sujets méconnus, et souvent mal compris.

L’INREES publie le magazine trimestriel Inexploré, organise de grandes conférences, anime un espace internet d’information sur ces sujets, publie des livres… Entre psychologie, spiritualité et science, l’INREES propose de porter un autre regard sur l’extraordinaire. Parce que nous sommes en ces temps où des champs nouveaux de connaissances émergent, l’INREES offre ainsi un cadre sérieux pour parler de science et de spiritualité, des dernières recherches sur la conscience, de la vie, de la mort, et rapprocher de manière scientifique et rigoureuse le monde visible du monde invisible. Sans tabou, sans préjugé, avec rigueur et ouverture.

Par ailleurs, l’INREES accueille et soutient l’association « Réseau INREES » dont l’objet est d’offrir un cadre d’écoute professionnel et bénévole aux personnes vivant des expériences extraordinaires.
http://www.inrees.com/decouvrir_1.p...

Mon appréciation de l’INREES

La démarche intégrative et interdisciplinaire de l’INREES s’inscrit dans la mouvance holistique qui est sans doute la seule approche possible pour comprendre des phénomènes complexes (interconnectedness). Si on part du postulat que toutes les expériences extraordinaires, qui semblent se manifester avec une urgence grandissante, trouvent leur origine dans une même réalité sous-jacente, alors elles ne peuvent pas être comprises séparément. Les expériences extraordinaires autour de la mort notamment (NDE, visions au moment du décès, contact avec les êtres décédés) ouvrent des horizons fascinants. L’INREES a le grand mérite de mettre toutes ces manifestations en relation et de les analyser de façon globale avec l’objectif final de mieux comprendre le mystère de la condition humaine. Je suis heureuse de lui apporter mon soutien actif en tant que membre du Comité scientifique et membre d’honneur.

Manuel clinique des expériences extraordinaires

Expériences de mort imminente, vécu subjectif de contact avec un défunt, sortie hors du corps, rêve lucide, expériences chamaniques, expériences psycho-spirituelles, possession et hantise, perceptions extrasensorielles... Interprétation, croyance, hallucination, réalité ?
Les expériences extraordinaires nous placent dans une zone frontière de l’esprit humain, un espace où il est aisé de perdre ses repères. Elles suscitent deux formes de réactions opposées : rejet ou fascination. Une prise de distance est pourtant nécessaire afin de ne pas se perdre dans nos croyances personnelles, celles de notre entourage ou encore celles de groupements opportunistes. Le « Manuel clinique des expériences extraordinaires », publié sous la direction de Stéphane Allix et Paul Bernstein, permet cette prise de distance (InterEditions/INREES, 2009, 411 pages).
http://manuel.inrees.com/

Ma contribution au Manuel clinique des expériences extraordinaires

J’ai eu le plaisir de rédiger trois des onze chapitres du Manuel clinique des expériences extraordinaires, dont voici la table des matières :
— Chapitre 1 : Qu’est-ce qu’une expérience extraordinaire ?
— Chapitre 2 : Psychopathologie
— Chapitre 3 : Expérience de mort imminente (EMI ou NDE) par Evelyn Elsaesser-Valarino
— Capitre 4 : Conscience accrue à l’approche de la mort par Evelyn Elsaesser-Valarino
— Capitre 5 : Vécu subjectif de contact avec des défunts par Evelyn Elsaesser-Valarino
— Chapitre 6 : Sortie hors du corps par Paul Bernstein
— Chapitre 7 : Rêve lucide par Paul Bernstein
— Chapitre 8 : Etats modifiés de conscience induits par les substances par Olivier Chambon
— Chapitre 9 : Expérience Psycho-spirituelle par Djohar Si Amed
— Chapitre 10 : Hantise et possession par Isabelle de Kochko et Djohar Si Amed
— Chapitre 11 : Perception extrasensorielle (PSI) par Erik Pigani
http://manuel.inrees.com/

Ma découverte des NDE

Ma rencontre avec le phénomène des expériences de mort imminente eut lieu dans les années 80 et elle devait être décisive tant sur le plan de mes convictions que de mes activités. Comme des millions de lecteurs dans le monde, j’ai découvert les NDE grâce à l’ouvrage de Moody La vie après la vie (1979). Immédiatement, je me suis rendue compte que les témoignages des expérienceurs répondaient à nombre de mes interrogations existentialistes tout en soulevant d’autres questions, au moins aussi nombreuses. Ces récits décrivant un autre monde, étrangement ressemblant au nôtre bien que sublimé, m’incitèrent à penser qu’une lecture au premier degré ne rendrait pas justice à ce phénomène fascinant. Les années à venir devaient me donner raison : plus on approfondit l’étude des NDE et plus elles dévoilent leur complexité.

Aujourd’hui, je suis convaincue qu’il serait erroné de prendre ces représentations à la lettre. Je pense que la conscience de la personne au seuil de la mort se trouve dans une dimension qui est mise en scène de telle manière qu’elle puisse la comprendre, car, par nature, elle est incompréhensible pour l’esprit humain.
Je pense que cet autre monde existe, qu’il est aussi « réel » que le nôtre, mais si différent de tout ce qu’un être humain peut concevoir qu’il est transposé sous forme d’images qui lui sont familières. En quelque sorte, cette autre réalité s’adapte à lui. Les expérienceurs parlent de proches décédés qui les ont accueillis et qu’ils avaient immédiatement reconnus. On peut imaginer que ces êtres ont revêtu des apparences à peu près terrestres, sans l’être vraiment, afin qu’ils puissent les reconnaître. Je pense effectivement que ces êtres se trouvent dans l’autre monde, mais sous une forme qu’ils n’auraient pas pu comprendre s’ils ne s’étaient pas présentés d’une manière qui leur est familière. Mais ce n’est peut-être que la transcription de ce qu’ils ont perçu qui est humaine, qui est forcément humaine puisque les expérienceurs sont là en chair et en os pour nous le raconter.

Dans les années 80, on trouvait de nombreux livres de témoignages et déjà quelques ouvrages scientifiques sur le sujet, mais il me manquait un éclairage pluridisciplinaire pour approfondir ma réflexion : que pensait un physicien quantique, un philosophe ou un biologiste des NDE ? Ne trouvant pas de tel ouvrage, j’ai décidé d’écrire le livre que je souhaitais lire. D’une vie à l’autre, publié en premier en traduction allemande en 1996 et traduit en six langues, est constitué d’entretiens avec des professeurs et penseurs de différentes disciplines, précédés d’une description détaillée de la phénoménologie de l’expérience de mort imminente et de ses conséquences.

Mes rencontres

Ma rencontre en 1992 avec Kenneth Ring – professeur américain émérite de psychologie et sommité internationale de la recherche sur les NDE – était déterminante à bien de titres. Généreusement, il m’a accueillie dans sa maison près de l’Université du Connecticut pour enregistrer la plus longue entrevue de sa carrière, comme il l’a dit avec malice. En effet, une journée entière d’enregistrement a permis de faire un tour d’horizon complet des résultats de ses nombreuses enquêtes et recherches et de cristalliser ses conclusions personnelles et ses intimes convictions, publiés dans D’une vie à l’autre.

De cette journée ensoleillée est née une amitié profonde qui a résisté au temps et à la distance, ainsi qu’une collaboration fructueuse qui a culminé dans l’écriture conjointe de l’ouvrage Lessons from the Light (traduit en dix langues).

Ma conception des NDE s’est enrichie de discussions passionnantes que j’ai le privilège de poursuivre depuis de nombreuses années avec les chercheurs les plus éminents. Nos fréquentes rencontres aux quatre coins du globe lors de congrès auxquels nous participons ou à l’occasion de mises en chantier de projets communs nous donnent le bonheur de nous retrouver. Les joyeuses heures que nous partageons sont empreintes d’amitié autant que d’une passion commune. Nos discussions sont stimulantes, mais ce qui me semble essentiel, c’est le fait que nous nous engageons tous pleinement dans une démarche authentique et durable, motivés par le désir constant de mieux comprendre les NDE afin de mieux aider les expérienceurs. En plus, cette exploration passionnante de l’expérience de mort imminente nous met face à notre destinée d’être humain et nous permet de réfléchir intensément à notre devenir au-delà des limites connues.

Je remercie tous les expérienceurs qui m’ont fait le cadeau de partager avec moi cette expérience si capitale dans leur vie. Ces rencontres sont chaque fois émouvantes, impressionnantes et édifiantes.
Pour eux, la NDE représente en même temps une blessure, une promesse et une bénédiction.
Il s’agit d’une blessure, car les expérienceurs doivent vivre avec une grande nostalgie de cette autre dimension et gérer une réintégration compliquée de leur quotidien. C’est en même temps une promesse qui prend racine dans leur certitude inébranlable qu’au terme de leur vie terrestre, ils retourneront dans ce monde meilleur et, finalement, c’est une bénédiction qui les gratifie d’une nouvelle échelle de valeurs et d’un véritable sens à donner à leur vie. Je me laisse entraîner chaque fois avec bonheur par leur intense quête de vérité et, à chaque nouvelle rencontre, je suis subjuguée par leur fabuleuse capacité d’aimer.

Mon rapport aux NDE

Au fil des années, mon intérêt pour les NDE s’est intensifié au point de constituer une partie importante de ma vie aujourd’hui. Je pense que cette expérience nous interpelle au plus profond de nous-mêmes car elle émerge de l’essence même de l’être humain et fait appel à son destin. De nature complexe, elle doit être approchée sous un angle pluridisciplinaire. La psychologie est autant concernée que la physique quantique, la neurologie s’impose pour analyser le fonctionnement du cerveau à l’approche de la mort ou en état de mort clinique, l’étude historique permet de révéler les NDE qui se sont produites, nombreuses, dans le passé, l’ethnologie nous démontre l’étonnante similitude de cette expérience au sein de nombreux peuples de notre planète, l’anthropologie souligne son caractère holistique. La NDE nous amène à nous interroger sur des sujets captivants tels que la conscience, le fonctionnement de la mémoire et bien d’autres encore.
Je suis convaincue que l’avancée de la science permettra de lever un pan de plus en plus important du voile qui recouvre le mystère de la NDE, mais je pense également que la réponse définitive est inhérente à un certain état de conscience élargie qui est associé à l’état de mort imminente et qui ne se révèle que dans ces conditions-là.

Mon analyse des NDE en tant que phénomène de société

En quoi les NDE constituent-elles un phénomène de société ?
Les expériences de mort imminente, vécues par des millions de personnes à travers le monde, les transforment profondément et durablement et changent leur regard sur le monde et sur la société. Par leur nombre et par leur impact, elles constituent un phénomène de société aux implications nombreuses.

Sur le plan psychologique, les conséquences de la NDE évoluent avec le temps. D’abord, elles se situent au niveau de l’intégration de l’expérience, généralement difficile, qui peut s’étendre sur plusieurs années, avec une moyenne d’intégration de sept ans (Van Lommel, 2007). L’expérienceur est souvent fragilisé car, ayant échappé de justesse à la mort, il a vécu un trauma majeur. Suite à son état de mort imminente, il se trouve souvent dans un état physique critique, conséquence de la maladie ou de l’accident qui l’ont amené à l’extrémité de la vie. L’incommunicabilité de la NDE est également un grand problème pour lui, le désir de partager cette expérience transcendantale avec ses proches se heurte douloureusement à leur incompréhension ou leur incrédulité. La nostalgie de ce qu’il a vécu rend son quotidien morne, l’appel à une nouvelle manière de vivre est pressant mais encore flou. Une prise en charge psychologique par un thérapeute qui connaît les NDE et ses conséquences peut alors s’avérer nécessaire.

Une fois le processus d’intégration achevé, la NDE déploie tous ses effets. Le professeur Kenneth Ring décrit la force de guérison psychique de la NDE dans la vie d’individus désespérés ou suicidaires (Ring, 1991). Les maladies sont mieux supportées, des troubles psychiques tels que la dépression ou la narco-dépendance dont certains expérienceurs étaient victime avant leur NDE peuvent disparaître. Les personnes sont plus confiantes, les angoisses névrotiques antérieures à la NDE disparaissent (Schröter-Kunhardt, 1993). Des études démontrent qu’aucune des personnes interrogées suite à leur NDE induite par une tentative de suicide n’a récidivé, car elles étaient convaincues que leur tentative de suicide avait échoué afin de leur permettre de réorienter leur vie et de lui donner un sens.

Sur le plan de la prise en charge psychothérapeutique en général, la NDE a un important rôle à jouer qui commence à être discuté dans la littérature scientifique. La question de la place de l’homme dans une société de plus en plus déshumanisée, si éloignée des valeurs issues de la NDE, peut être débattue judicieusement à la lumière de l’enseignement des NDE qui permet d’offrir une nouvelle perspective philosophico-spirtuelle.

Certains thérapeutes se servent des NDE pour combattre des idées suicidaires de leurs patients et obtiennent des résultats spectaculaires (Winkler, 2003).
Les changements de personnalité consécutifs à la NDE sont parfois comparés à une psychanalyse instantanée et entièrement réussie, dépassant les résultats qu’on peut espérer obtenir par des psychothérapies (Schröter-Kunhardt, 1993).
L’impact social de la NDE est multiple. Les expérienceurs vivent leurs nouvelles valeurs de manière communicative, leur joie de vivre surprend, leur empathie et leur dévouement rayonnent, leur confiance dans la vie et leur conviction de la survie de la conscience après la mort physique rassurent. Des études montrent que non seulement les personnes qui ont vécu une NDE changent dans le sens que je viens d’évoquer mais que le même phénomène se produit également, dans une moindre mesure, chez les individus qui s’intéressent aux NDE sans en avoir vécu une eux-mêmes mais qui se sont laissés pénétrer par ce phénomène. Eux aussi montrent les mêmes changements de valeurs, des modifications dans leur système de croyance, des adaptations de leur vision du monde. Eux aussi perdent la peur de la mort et manifestent une conviction croissante qu’il existe une vie après la mort. Au fur et à mesure que l’information concernant ces expériences commence à se répandre et que de plus en plus de personnes se familiarisent avec les NDE, il se crée comme un phénomène de masse secondaire – et cela sans tenir compte des personnes qui vivront une expérience de mort imminente grâce aux techniques de plus en plus sophistiquées de réanimation. Dans ce sens, nous avons façonné le terme de la « contagion bénigne de la NDE » (Ring et Elsaesser-Valarino, 1998).

La question se pose également dans quelle mesure et sous quelle forme la NDE peut jouer un rôle dans l’accompagnement des personnes en fin de vie. Cette « application » de la NDE est le sujet de mon livre Le Pays d’Ange.
Dans l’assimilation d’un deuil également, la NDE peut aider de manière significative en offrant une nouvelle perspective et en apportant un réconfort certain.

L’aspect socio-politique de la NDE n’est pas souvent évoqué, il me semble pourtant flagrant. D’une certaine manière, l’expérience de mort imminente est subversive, car elle donne naissance à une palette de valeurs entièrement différente de celles qui dominent dans nos civilisations matérialistes actuelles. Elle est subversive en ce qu’elle contredit la pensée postmoderne. Les implications des NDE suggèrent que, peut-être, quelques-uns des enseignements des traditions spirituelles ou les aspects universels des traditions religieuses sont encore pertinents de nos jours. Bien des personnes se sentent mal à l’aise face aux NDE puisque leur message ne correspond absolument pas à notre manière moderne de réfléchir et de fonctionner. Mais le fait que les expériences de mort imminente continuent à se produire, qu’elles persistent de manière obstinée en tant que phénomène – phénomène qui prend d’ailleurs de plus en plus d’ampleur – tout cela signifie peut-être bien que nous allons assister à une modification de quelques-unes des idées universelles postmodernes dans le sens d’une inclusion de la dimension spirituelle (Ring et Elsaesser-Valarino, 1999).

L’aspect neurologique est important, soulevant la question fondamentale si la NDE est produite par le cerveau ou si ce dernier n’est que le récepteur, en différé, de ce qui se passe lors d’une expérience de mort imminente en état de mort clinique. Le paradigme médical selon lequel l’esprit est obligatoirement une fonction du cerveau est remis en question. Le cardiologue Pim van Lommel déclare que « la présomption que la conscience et la mémoire émergent d’une fonction cérébrale n’est pas prouvée, puisque, à ce jour, il n’y a aucune preuve scientifique qu’il existe un corrélatif neural pour tous les aspects de l’expérience subjective » (Van Lommel, 2004). Des modèles neurophysiologiques commencent à émerger.

La médecine est concernée par les étonnantes capacités de guérison qui peuvent apparaître suite à une NDE. Ces dons se développent souvent lentement, au fil du temps. Pour l’heure, nous disposons de peu de recherches scientifiques et de quelques données statistiques seulement. Cherie Sutherland, une sociologue australienne, a notamment analysé l’intuition (60% avant la NDE contre 95% après) et les dons de guérison (8% avant la NDE contre 70% après) (Sutherland, 1989). La notion de guérison est considérée sous un angle plus large par ces expérienceurs, ils associent une attitude positive face à la vie à la simple amélioration de l’état physique. Ces guérisons sont de deux types : la guérison par les émotions (emotional healing) basée sur la croyance dans la survie de la conscience, la perte de la peur de mourir , l’empathie, les émotions, l’intuition et l’amour ; et la guérison physique (physical healing) obtenue le plus souvent par l’apposition des mains qui permet le transfert d’énergie, la visualisation et la prière (Long, 2005).
Pour ma part, je suis convaincue que tous les êtres humains possèdent ces mêmes capacités à l’état latent et qu’il suffit d’un élargissement de la conscience, comme cela se produit lors de la NDE, pour activer ce potentiel naturel inhérent à la condition humaine.

Signalons également quelques cas de guérisons spontanées, quasi miraculeuses, suite à une expérience de mort imminente. Aucune recherche scientifique conséquente n’a été menée à ce jour pour analyser ces cas, mais les individus concernés sont convaincus d’avoir été guéris par « l’être de lumière ». Ces conséquences de la NDE, encore assez mystérieuses, ouvrent des perspectives prometteuses et posent plus globalement la question de l’action de l’esprit sur la matière.

La physique quantique doit être associée à l’étude des NDE. En effet, de nombreux physiciens s’accordent à dire que l’expérience de mort imminente ressemble à un phénomène quantique. Plusieurs modèles ont déjà été développés, je ne mentionnerai que celui du professeur Régis Dutheil (médecin et professeur de physique et de biophysique), exposé en détail dans D’une vie à l’autre. Il fonde son hypothèse sur un modèle où la conscience est un champ de matière tachyonique, qu’il appelle « superlumineux », faisant partie du véritable univers fondamental dont notre monde ne serait qu’une projection holographique sous-lumineuse. Il affirme que sur le plan mathématique, il existe incontestablement la possibilité d’un autre univers, d’un autre espace-temps – superlumineux – et d’un seul. L’interface entre ces deux univers serait ce que les relativistes appellent le cône de la lumière sur la surface duquel se propagent la lumière, les photons et les autres particules qui vont à la vitesse de la lumière. La frontière entre ces deux univers serait une zone commune, probablement constituée de photons. Il a développé un modèle où le photon serait considéré comme formé d’une partie sous-lumineuse et d’une partie superlumineuse. Dans son hypothèse, les NDE seraient le passage pour l’être humain du monde sous-lumineux au monde superlumineux. Un certain nombre de phases caractériseraient ce passage. La traversée du tunnel obscur correspondrait, dans son modèle, au passage du mur de la lumière. Il pense qu’au moment précis du passage, la conscience partielle de la personne qui est en train de mourir et qui vit l’expérience traverserait le mur de la lumière et s’imprégnerait de particules allant à la vitesse de la lumière, donc de photons. Elle deviendrait lumière elle-même et percevrait tout ce qui l’entoure comme sombre. Son modèle propose des explications pour d’autres aspects de la NDE qu’il n’est pas opportun de développer ici. (Dutheil et Elsaesser-Valarino, 1999).

La philosophie : Michel Lefeuvre, professeur de philosophie des sciences, a tenté de donner aux NDE un statut ontologique – un statut de vérité – et, par là, de les intégrer dans une théorie générale de la conscience. Tirant un parallèle avec la madeleine de Proust il dit : « Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas tellement le jugement explicite qui est pourtant la marque d’un esprit car seul un esprit peut comparer, discerner, porter un jugement, mais c’est plutôt le fait que le cerveau a si peu d’importance au moment où la conscience se trouve pleinement en contact avec elle-même, avec sa spiritualité, son essence intime parce que ce qui la sépare habituellement d’elle-même, la matérialité des choses, l’épaisseur des événements, l’espace-temps du monde, est en quelque sorte aboli, c’est même comme si la suspension de l’activité du cerveau permettait à la conscience de s’atteindre dans sa plénitude d’être ; d’où l’impression d’élargissement, de dilatation dans cet instant de plaisir intense, concentré sur lui-même dont nous parle Proust. » Il conclut sur ces paroles : « Mort et naissance sont les deux pendants opposés d’un même mystère puisqu’à la naissance, c’est l’esprit qui s’incarne mystérieusement dans la chair tandis qu’à la mort, c’est l’esprit qui se désincarne tout aussi mystérieusement ; l’incorporation comme la désincorporation sont aussi difficiles à imaginer l’une que l’autre, l’incorporation a pourtant eu lieu ; les NDE, elles, entrouvrent une perspective sur la décorporation ». (Lefeuvre et Elsaesser-Valarino, 1999)

Mon roman : "Le Pays d’Ange"

J’ai écrit Le Pays d’Ange dans le but et avec le désir de rendre les connaissances actuelles de la recherche scientifique sur les NDE accessibles et profitables aux personnes qui sont confrontées à une crise de vie majeure. A ce jour, le Pays d’Ange a été publié en huit langues (deux traductions supplémentaires sont sous presse).

A première vue, Le Pays d’Ange est l’histoire, racontée à la première personne, d’une jeune fille qui est tombée gravement malade. Le lecteur se retrouve dans les pensées de la narratrice et pénètre davantage dans son monde intérieur, dans ses réflexions et ses sentiments, au fur et à mesure que son mal progresse. La jeune fille l’entraîne dans sa maladie et ses vicissitudes et il devient son compagnon de voyage, intimement lié à elle et aux personnes qui l’entourent. En fin de compte, l’angoisse de la jeune fille devient la sienne, mais il bénéficie également de tout ce qu’elle apprend pendant qu’elle se bat pour comprendre et gérer ce malheur qui est entré dans sa vie. Et soudain, le lecteur se rend compte que les messages essentiels sont justement ces prises de conscience et cette connaissance que, petit à petit, elle acquiert. Au début du livre, l’héroïne semble être une jeune fille parfaitement ordinaire, mais pendant que sa maladie progresse, elle fait de même – dans sa connaissance, dans la profondeur de sa personnalité et, finalement, dans le degré élevé de sagesse spirituelle qu’elle acquiert grâce à sa poupée Ange et à un compagnon d’infortune qui vit une expérience de mort imminente et la lui raconte de manière poignante.

La recherche scientifique sur les NDE, loin d’avoir abouti, permet d’ores et déjà quelques « applications pratiques », ou, plus modestement, elle nous invite à partager la beauté et l’enseignement de cette expérience transcendantale avec les personnes qui semblent pouvoir en tirer un profit immédiat et concret. Au-delà d’un défi intellectuel, les connaissances que nous possédons aujourd’hui de la phénoménologie et des conséquences des NDE doivent aider les personnes confrontées plus immédiatement aux limites de l’existence humaine. Les nouvelles perspectives que les NDE ouvrent, la conception plus douce de la mort physique qu’elles suggèrent, l’espoir qu’elles situent au-delà des limites connues, doivent être à disposition – si elles le souhaitent – des personnes malades, en fin de vie ou en deuil et, plus généralement, des êtres sensibilisés à la finalité de la destinée humaine.



© Evelyn Elsaesser-Valarino
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